Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ligue 1 : des entraîneurs plus que jamais fusibles...

Publié le par Thomas

Raymond Domenech n'a pas eu le temps de poser une éventuelle patte sur son équipe. Source : FootMercato.net

Raymond Domenech n'a pas eu le temps de poser une éventuelle patte sur son équipe. Source : FootMercato.net

La dernière quinzaine qui vient de s'écouler (Villas-Boas, Arpinon, Domenech) nous a rappelé -hélas- à quel point la vie d'un entraîneur pouvait être fragile. Pas fragile en raison de son incompétence, de ses résultats, ou de son management. Pas toujours en tout cas, et pas que ! Fragile parce que ses supérieurs le sont souvent encore plus, n'ont aucune vision, aucun projet, aucune sérénité... On fait le point sur les raisons et les effets (si tant est qu'il y en ait eu !) de ces changements de techniciens dans notre championnat.

Une saison (forcément) spéciale

D'abord, il y a le constat, implacable : neuf entraîneurs de Ligue 1 ont pris la porte au moment où l'on écrit ces lignes (voir tous les changements sur la page dédiée). Sur l'ensemble de la saison 2019/2020, certes raccourcie et ceci peut expliquer cela (on y revient juste après), six techniciens (seulement) avaient été limogés. Pourquoi tant de mouvements cette année ? La saison dernière, arrêtée et non-reprise, a sûrement eu des conséquences à moyen terme. En effet, peu de clubs ont changé de staff cet été (Bordeaux, Nîmes et Monaco) : comment juger le travail d'un technicien alors qu'il ne l'avait pas terminé ? Pourquoi prendre le risque de tout changer au moment où des droits télé pharaoniques arrivent (enfin arrivaient) ? N'oublions pas que les clubs n'avaient pas touché les derniers versements de 2019/2020 et que la situation économique était déjà tendue pour certains. Pas la peine de payer des indemnités à un staff dans ces conditions-là... Le "problème", c'est que des changements de cycles n'ont pas eu lieu cet été, et se sont donc précipités en pleine saison...

Une réussite particulière à Metz

C'est le contre-exemple, l'endroit où le changement a réussi. Mais la situation est spéciale à Metz, où Vincent Hognon a décidé de quitter le club le 12 octobre dernier lorsque le manager général Frederic Antonetti, parti au chevet de sa femme en Corse plusieurs mois, a souhaité reprendre son poste de numéro 1. Sous sa (nouvelle) houlette, le club lorrain n'a perdu que 4 de ses 18 rencontres de championnat, et siège aujourd'hui à la 7ème position de Ligue 1. Convaincant et cohérent dans leur style de jeu (que l'on aime ou pas d'ailleurs), les messins ont signé de belles performances ces dernières semaines, en battant Montpellier (0-2) et Lyon (0-1). Si le bilan comptable est à l'avantage de Fred Antonetti, Vincent Hognon n'avait pas vraiment échoué sur les 6 premières journées : trois courtes défaites face au PSG, Monaco et Lille (1-0), un nul au Vélodrome (1-1) et deux succès. Ce changement cache en fait une grande stabilité (Antonetti est lié avec le FC Metz depuis 2018). Cette stabilité est la clé du succès, en atteste la composition du Top 8 de Ligue 1 : Lille, Lyon, Rennes, Angers, Metz... Lorsque Strasbourg était à la peine en début d'exercice, englué dans la zone rouge, Marc Keller a maintenu sa confiance à Thierry Laurey, qui a aujourd'hui redressé la barre, comme il y a deux ans déjà... Plus efficace que le changement ?

Des limogeages aux effets inexistants

C'est un (mauvais) réflexe qu'ont beaucoup de dirigeants : licencier l'entraîneur dès qu'une mauvaise série pointe, croyant que tout sera forcément mieux avec le prochain. Problème : les chiffres et le jeu ne leur donnent pas raison ! Si on regarde notre classement des coachs, on remarque que les licenciés de Nantes, Nice et Paris figurent devant leur successeur respectif ! On reviendra dessus en fin de saison, mais cela nous donne déjà une idée... Si on continue sur les chiffres, comparons la moyenne de points et l'évolution an classement : à Dijon, Stéphane Jobard gagnait 0,33 point/match quand David Linarès en ramène 0,8, mais le DFCO n'est passé que de la 20ème place à la 19ème ! Le constat est encore plus édifiant à Nice, où Ursea prend 1 point par rencontre alors que Vieira en prenait 1,4 point ! Le Gym pointait 11ème lors du départ du Français en novembre, il est désormais 14ème... Enfin Nantes : Gourcuff a ramené 0,9 unité/match, Domenech (sur le peu de temps qu'il a eu) 0,6, et Kombouaré ?... Les canaris ont en tout cas chuté de la 14ème à la 18ème position de Ligue 1 ! Et au-delà des chiffres, que dire du jeu ? L'OGC Nice reste stérile et accumule les erreurs défensives grossières de la même manière avec Adrian Ursea qu'avec Patrick Vieira ! Ne parlons même pas de Dijon, où Linarès a certes consolidé l'arrière-garde, mais ne propose rien offensivement : les Bourguignons n'ont inscrit que 4 buts à domicile cette saison... Il faut dire qu'avec la crise sanitaire et économique des clubs, le "rattrapage" du mercato hivernal n'est pas possible ! On se rappelle notamment des multiples recrues stéphanoises à l'hiver 2017 (Debuchy, Subotic, M'Vila...) pour accompagner un Jean-Louis Gasset qui, tout aussi brillant soit-il, n'aurait sûrement pas eu les mêmes résultats en gardant l'effectif à l'identique... La clé vient souvent (toujours ?) des joueurs !

L'indécence pour cacher l'incompétence ?

Une question se pose : tout tend à démontrer que changer ne sert à rien, que la stabilité et la confiance mènent à la victoire un jour ou l'autre, alors POURQUOI continuer dans cette stratégie ? Spécifiquement à Nantes, où 19 techniciens sont passés en 14 ans de "règne" Kita. La réponse est simple, elle tient en un mot : incompétence. Tout est indécent du côté de la Beaujoire : le timing du nouveau changement, à peine un mois après la nomination de Raymond Domenech, le choix de son successeur, un Kombouaré qui n'a plus rien à donner au football depuis son départ de Guingamp, et la communication qui va avec, Franck Kita affirmant "se moquer" de la colère des supporters... Comment peut-on raisonnablement penser qu'un coach, quel qu'il soit, va imprimer une empreinte sur l'équipe en si peu de temps ? Pire, qu'il va gagner des matchs contre Lille, Montpellier, Rennes ?

Le dessin ironique de Lasserpe dans L'Équipe du 13 février 2021. Source : L'Équipe.fr

À Dijon, le président Delcourt a perdu le fil depuis sa décision (absurde même si les Brestois le remercient !) en décembre 2018 de se séparer d'un Olivier Dall'Oglio dont tout le monde reconnaît les compétences. Le dossier niçois est très intéressant aussi : il est vrai que Vieira a failli, mais pourquoi le renvoyer pour placer Ursea ? Autant le garder jusqu'en juin, avant de partir sur un nouveau cycle avec un Bosz, Favre, Génésio ou autre ! Et puis, le mauvais équilibre de l'effectif azuréen, notamment en défense, est aussi à imputer à Julien Fournier, qui a longtemps, à juste titre, reçu des louanges... À l'OM, le départ fracassant d'AVB a fait ressortir les guerres d'influence en coulisses entre Eyraud, Longoria, le technicien, etc. Peut-on vraiment accepter qu'un club de cette dimension soit autant miné de l'intérieur ?... N'est-ce pas ça, l'incompétence ?

Sans vouloir vexer personne, il faut quand même "souhaiter" que le FC Nantes soit relégué en fin de saison. Parce que Lorient et son entraîneur ambitieux Christophe Pélissier incarnent bien plus le football. Parce qu'un maintien, ce serait une 'validation" de ce faux projet, et donc aucune remise en question. Parce qu'en restant dans l'élite, les canaris offriraient deux ans de contrat à Kombouaré. Parce qu'en Ligue 2, il y a nombre de beaux clubs (Clermont, Troyes, Auxerre), de personnages compétents, de techniciens innovants et séduisants (Gastien, Battles, Furlan), qui valent mieux que le "FC Kita". Pour tout ça, Nantes, au même titre que tous ces clubs mal gérés qui ne construisent jamais rien et ne permettent pas à nos entraîneurs de proposer du spectacle, n'a plus sa place en Ligue 1...

Commenter cet article